Secte Siderella

Sept ans de malheur

Une femme piégée par une secte apporte son témoignage

(source : BULLES du 3ème trimestre 1996).
 
Cet article est déjà paru dans le numéro du 31 janvier 1996 de la revue TELERAMA.

Dans un café de la place de l'Opéra, à Paris, où elle a donné rendez-vous, Isabelle semble inquiète à l'idée que d'anciens compagnons d'infortune puissent la reconnaître. A 36 ans, cette femme au regard las, au visage émacié, est partie en croisade contre le gourou d'Iso-zen Galacteus, une secte à la mystique orientalo-ésotérique délirante qui lui a volé sept ans de sa vie.


 Contrairement à ce qu'on peut penser, tout le monde peut être piégé par une secte. Mais à n'importe quel moment de sa vie. En 1977, j'avais 17 ans. Trop jeune pour avoir participé à Mai 68, je n'avais pas eu ma part de révolution. Ca me manquait. C'était une période où je me sentais isolée, où je me posais beaucoup de questions. Je ne m'entendais pas bien avec mes parents, surtout mon père, qui nous imposait une éducation rigide.

 Sachant que je tirais les cartes, que je m'intéressais au symbolisme et aux philosophies orientales, une amie de lycée m'a mise en contact avec un groupe, Iso-zen Galacteus, qui se présentait comme une école ésotérique. Je ne savais pas que c'était une secte. La première rencontre avec le groupe se passe autour d'une surprise-partie qu'ils ont organisée dans un pavillon. Ils sont très sympas, très ouverts. Je sens une grande fraternité. Les adeptes sont sincères. Je ne peux que les croire.

 Au début, on me demande s'adopter un régime végétarien, de ne pas fumer, ne pas boire d'alcool, de café. Ca parait sain. Avec un langage très savant que je ne maîtrise pas, le gourou, un homme d'une quarantaine d'années, me dit que je fais partie du "peuple élu" et des "Aryens cosmiques" (plutôt ambigu pour une juive comme moi!). Il me promet le salut de mon âme et la résurrection.

 Au bout de six mois (j'avais alors quitté mes parents), on me fait participer à une première séance de perversions sexuelles. Le gourou passe au milieu de cent à cent cinquante femmes. J'assiste, les yeux exorbités, à des scènes insupportables. Après cette première séance, je suis perturbée, j'en parle un petit peu autour de moi, mais les autres trouvent cela normal: on me fait croire que c'est du tantrisme, une forme de maîtrise de sa sexualité pour atteindre un plaisir divin. Les grandes réunions se déroulent essentiellement la nuit: de très longues séances passées assis en tailleur ou sur les genoux. Certains s'endorment de fatigue.

 Pas de télé, pas de radio, pas de journaux: en plein Paris, nous sommes trois cent, totalement coupés du monde extérieur. Dans la secte, il y a de tout: des étudiants, des électroniciens, des informaticiens, des artistes. Le showbiz attire beaucoup notre gourou. Il contrôle tout. Les relations affectives sont interdites entre les adeptes. Je pense, comme chacune des femmes dans la secte, avoir une relation privilégiée avec lui.

 J'arrête mes études. Je travaille parfois en dehors de la communauté, des petits boulots, et je reverse au gourou 10% de mon salaire, mais la secte a aussi d'autres activités lucratives: commerce de perles noires (elle a une base à Tahiti, où j'irais plus tard), éditions de livres, de bandes dessinées, etc.

 Au bout de deux ans, je suis partie de la secte... pour y revenir ensuite avec des membres de ma famille. je suis même devenue, pendant six mois, une des femmes du gourou. J'ai définitivement décroché en juin 1984. J'avais 24 ans. Ce qui m'a fait partir, c'est la violence du gourou. Je ne pouvais l'accepter de sa part. Mais les autres femmes de son harem (une trentaine environ, pudiquement appelées "vestales" ou "prêtresses") ne protestaient pas. Certaines s'étaient confiées à moi, en me parlant des sévices inouïs qu'elles avaient subis.

 Je me suis voulue longtemps, mais je en veux surtout au gourou, bien sûr. Du jour au lendemain, on réalise qu'on a vécu pendant sept ans au service d'un monstre. J'ai de la haine pour cet homme qui a gâché ma vie. J'ai fait une psychothérapie durant quatre ans. Lui se porte bien: il a encore toute sa cour autour de lui. Quelques anciens adeptes ont tenté de porter plainte, mais leurs tentatives n'ont jamais abouti. Les autres ont très peur. Moi je ne voulais pas porter plainte, à l'époque. Aujourd'hui, il est trop tard. Dix ans après, il y a prescription.
 

Propos recueillis par T. L.


 
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