Témoignage

Folie à Deux : l'histoire de Dana Scully (Mai 1998)


( Source : REVEAL: The Crisis Line traduit par A.B )



Introduction
La fin de mes illusions
Samantha
Emilie
Notre Eglise du Christ n'est pas le royaume de Dieu
Madame Diabira était "orgueilleuse"
Sois ouverte, ma soeur à toutes choses, aies confiance en tes chefs !
La meilleure façon de rompre


 Introduction

J'utilise le pseudonyme Dana Scully car je suis encore un membre de l'église internationale du Christ. Ce qui suit est une suite d'expériences traumatisantes vécues dans cette église. Dans le but de préserver l'identité des personnes citées dans ce récit, tous les noms des personnes et des lieux (sauf un) ont été changés. Le titre de cette histoire et les pseudonymes utilisés sont ceux des personnages tirés des X-Files.

Tout d'abord j'ai rejoint l'église du Christ alors que je venais d'entrer à l'université, fin 1988. Contrairement à la plupart des membres de l'église, je n'ai pas été recrutée. Je recherchais plutôt à contacter un groupe de chrétiens sur le campus .Quelques semaines plus tard, je fus invitée à visiter l'église du Christ et à étudier la Bible. Je me souviens à l'époque que cela m'avait bien plu car j'avais toujours pensé m'engager plus tard dans une vie chrétienne, mais les écritures, que j'étais en train d'étudier, m'interpellaient et le temps était venu où je souhaitais vivement faire partie d' un groupe qui, je le pensais, se conformait sincèrement à la Bible.

La plupart du temps, ce que j'ai vécu dans l'église était sinon satisfaisant, tout au moins acceptable. Quelques évènements me firent cependant découvrir des failles importantes dans l'église et changèrent profondément ma façon de voir les choses.

Tout d'abord, j'ai exercé des responsabilités dans diverses missions pendant 5 ans sur le campus universitaire. Pendant cette période, mes cours avaient lieu dans une université de ma ville dont le campus était réputé comme étant un lieu de mission important.

Je fus très choquée de la façon dont se déroulait l'exercice du ministère sur le campus: des étudiants remarquables, qui avaient une personnalité dynamique, ou qui avaient de solides amitiés avec les responsables du campus devenaient des responsables eux-mêmes et ceci, très rapidement, quelquefois 3 mois après avoir rejoint l'église du Christ.

Je ressentais une grande frustration à observer ce processus qui me faisait douter de moi-même et j'étais en colère contre Dieu car je ressentais que j'étais capable de prendre des responsabilités mais, en dépit de tous les conseils que je donnais, de toutes le prosélytisme dont je faisais preuve et de tout l'argent que je pouvais donner aux oeuvres, je n'étais pas retenue pour exercer des responsabilités. Une fois, j'ai invité à l'église une fille très élégante, Renée Davenport qui avait bon coeur et avait même donné de l'argent à l'église lors de sa première visite..

Plus tard les chefs de l'église me reprochèrent cela car Renée était une fille exceptionnelle qui aurait du étudier avec une autre disciple plus ancienne que moi. Elle participa à un raid en canoé avec les membres du collège fréquentant l'église (je n'étais pas du voyage) et elle n'a pas du apprécier cette sortie car à son retour elle déclara "Est ce ainsi qu'agit une église qui proclame l'amour du prochain ?".Peu de temps après, elle quitta l'église et j'ai pleuré à cause d'une lettre qu'elle m'a écrite dans laquelle elle soulignait combien j'étais grotesque de me battre avec si peu d'estime pour moi-même. J'ai conservé cette missive. Lorsque je devins plus tard responsable d'un groupe d'études bibliques au bout de 3 ans de ministère sur le campus, c'était pour la seule et unique raison qu'il n'y avait personne capable de l'être.

Ce processus continue au jour d'aujourd'hui. Je n'ai pas l'habitude de me faire valoir devant une assemblée imposante, et je préfère faire mes preuves par mon travail. J'ai une personnalité calme et plutôt introvertie. J'ai cependant appris à être plus incisive et à m'extérioriser. J'ai pu noter en retour que cela était apprécié et cela me fit de la peine parce que je ne voulais pas que les autres croient que j'étais supérieure à eux dans le domaine spirituel uniquement parce que j'étais dynamique et tournée vers les autres, mais quoi qu'il en soit, mon attitude semblait crédible.

 La fin de mes illusions

Ce qui vraiment mit fin à mes illusions au sujet des structures de l'église du Christ, c'est ce qui se passa quand deux de mes meilleures amies de l'église tombèrent malade. Une d'elles, appelons la Emilie Sim, avait rejoins l'église du Christ à peu près en même temps que moi. Quelques années auparavant, elle avait eu des crises incontrôlables et des transes si bien qu'elle ressentait une fatigue physique et avait besoin d'aide pour se promener. Ces crises pouvaient survenir à n'importe quel moment, et si elle ne s'évanouissait pas, il lui était difficile de parler ou de bouger pendant ses attaques.

Un jour elle pouvait sortir car elle n'avait que peu ou pas d'attaques, un autre jour, ses crises étaient si fortes qu'elle devait rester au lit.

Jusqu'ici, on n'avait pas formulé de diagnostic définitif sur la cause de sa maladie sauf une blessure à la tête qui aurait engendré des troubles de l'attention. Avant sa maladie, Emilie travaillait dur dans l'église et donnait souvent des coups de main sans contrepartie. Il y avait beaucoup d'autres choses qu'elle faisait sans compter pour l'église, mais elle n'aurait jamais imaginé ce qui s'est passé lorsqu'elle est tombée malade.

Comme il fallait qu'Emilie reste certains jour chez elle, et que ses crises convulsives la reprenaient lorsqu'elle était au travail, elle fut incapable de tenir la place qu'elle avait depuis plusieurs années à la bibliothèque, et elle perdit donc rapidement son emploi. Ses crises survenaient parfois lorsqu'elle était à l'église, et Elisabeth Pollidori, une dirigeante, lui demanda de "s'asseoir au fond de l'église" pour ne pas effrayer les participants.(A cette époque Elisabeth et son mari, Francis, la conduisaient eux-mêmes à cet endroit) D'autres dirigeants et disciples lui disaient qu'elle montait sa maladie en épingle et qu'elle n'était pas motivée. Le peu de fois qu'elle désirait enseigner la Bible pour se faire un peu d'argent pour ses médicaments (elle était sans le sou car elle n'avait pas de travail), mon amie Samantha et moi étions seules à l'aider.

Tous les autres repoussaient sa demande. Une fois, Emilie se rendit au secours catholique pour recevoir un peu d'aide, elle recu immédiatement de l'argent pour répondre à ses besoins. En fin de compte, Emilie dut déménager chez sa mère, Roberta Sim, car elle ne put conserver son appartement.

Elle avait demandé une allocation pour personne handicapée, mais la procédure était longue et on lui répondit que sa demande ne serait pas acceptée à sa première démarche. A cette période, un autre évènement survint qui fit beaucoup de peine à Emilie. Elle était très amie avec un frère de l'église, Michel Sloan, qui s'était montré très charitable lorsqu'elle tomba malade. Bien qu'il fut très déprimé lui même, Michel était très chic avec Emilie, lui donnant des coups de mains et l'aidant lorsqu'elle était en crise. Peu de temps après qu'Emilie ne tombe malade, Michel fut nommé responsable de l'étude de la Bible, et un jour, alors qu'il était en train d'aider Emilie, Elizabeth Pollidori lui dit "Maintenant, tu es un chef, tu a des choses plus importantes à faire, laisse donc quelqu'un d'autre s'en occuper !".Bien entendu, comme Michel ne voulait pas se mettre ses dirigeants à dos, il arrêta d'aider Emilie, et en fait cessa même de lui adresser la parole. Ceci fut une grande souffrance pour Emilie qui vécut cela comme une destruction de sa plus grande amitié. Gardez ça en tête pendant que je vous présente mon amie Samantha Mulder.

 Samantha.

Samantha s'était mis dans la tête, après quelques années de fréquentation de l'église du Christ, que sa première conversion n'était pas valide parce que tout était dans sa tête et non dans son coeur. Après s'être remise à l'étude de la Bible pour la seconde fois pendant quatre mois, Elizabeth Pollidori lui déclara qu'elle ne faisait aucun travail de repentir et qu'elle devait quitter l'église pendant quelque temps. (Samantha découvrit plus tard que l'évangéliste et beaucoup d'autres personnes de l'église étaient surpris que l'on lui ait demandé de quitter l'église) Elle retourna donc chez ses parents. C'est à cette époque qu'elle commença à se remémorer des souvenirs pénibles de son enfance portant sur des mauvais traitements en rapport avec des rites sataniques.
Vous êtes libres de croire ou non aux évocations de souvenirs ou aux méfaits des rites sataniques, mais il existait une preuve que Samantha avait été maltraitée: il suffisait de voir certaines photos qu'elle trouva dans son album de famille alors qu'elle était enfant.

De toute façon, elle commenca à manifester des signes de nervosité consécutifs à ce traumatisme, et parfois, ces souvenirs pénibles engendraient une peur intense qui la paralysait complètement à tel point qu'elle ne pouvait, ni articuler un seul mot, ni se mouvoir pendant quelque temps.

Plus tard, elle revint à l'église et fut rebaptisée. Elle étudia avec une soeur exceptionnelle, Sarah Kavanaugh, qui l'orienta convenablement vers Dieu. Cependant, les souvenirs de Samantha continuèrent ainsi que son désespoir physique et psychique Malheureusement, on affecta un autre formateur à Samantha, et je devins donc la personne qui l'aida le plus. En fait, quelquefois, lorsque je me plaignais de me sentir inutile dans l'église, on me rétorquait "Mais si tu n'étais pas là, qui s'occuperait de Samantha ?" Quelques uns des adeptes plus compréhensifs aidaient bien Samantha, mais en général, les dirigeants la considéraient comme un monstre ou une excentrique. Les souvenirs de Samantha la firent se pencher sur un aspect de la chrétienté que beaucoup de "chrétiens" aujourd'hui négligent: le combat spirituel. Elle tenta de discuter avec les responsables sur ce qu'elle se rappelait et sur l'importance de bien distinguer le bien et le mal, mais on ne la prenait pas au sérieux.

Les choses en étaient là, lorsque'un ancien évangéliste de l'église qui était venu en visite dans notre église, lui donna un conseil qui devait changer complètement sa vie. On connaissait cet évangéliste, Isaac Luria, et son épouse Ariel, pour leurs solides convictions dans l'église du Christ, et pour leurs efforts méritoires dans HOPE, une association charitable, qui attirait les attentions des personnalités gouvernementales dans le pays où elle était implantée.

Ils avaient dirigé une église du Christ quelque part pendant un certain laps de temps, et ils revenaient faire une visite lorsqu'ils en avaient l'occasion. Cette fois ci, Samantha assista à leur visite, mais très vite, elle se sentit mal. Les Lurias, n'avaient pas eu une attitude hostile et revinrent parler à Samantha et à Emilie. Après que Samantha ait expliqué à Isaac ce qu'elle endurait, Isaac Luria dit à Samantha: "Prie pour être délivrée de la possession et de l'influence du démon". C'est un conseil qui a ouvert les yeux à Samantha, et qui correspondait à ce qu'elle ressentait depuis qu'elle avait été maltraitée.

Pourtant, je suis persuadée encore aujourd'hui, qu'aucun des autres responsables de mon église n'aurait donné ce conseil. En fait, j'ai même entendu quelques disciples de l'église dire que le diable n'existait pas, bien que la Bible dise le contraire. Le seul autre endroit où Samantha pouvait recevoir de l'aide était un standard téléphonique en californie avec des écoutants qui recevaient les plaintes de victimes de maltraitances. Samantha et moi, nous en sommes arrivées à louer un appartement minuscule pour nous deux. Pendant que j'occupais un travail à temps plein pour un revenu modeste, Samantha était obligée de compter quelque temps sur ses parents et travaillait à temps partiel pour payer les notes et factures. Les dirigeants de l'église lui reprochaient, à elle aussi, de ne pas assister à toutes les manifestations organisées par l'église, de ne pas être motivée, etc. Elle mit les conseils de Isaac en pratique et priait comme il se devait. En même temps, elle essayait de s'informer davantage sur le combat spirituel, mais peu de membres de l'église étaient suffisamment ouverts pour en parler. Elle trouva par la suite des articles écrits par des témoins de la destruction et de la désertion de leur église par des faux disciples et des satanistes qui l'avaient infiltrée et vidée de toute foi par des manipulations.

Ceci ressemble étrangement aux séries X-files sauf que la Bible nous met en garde contre les "faux frères" qui infiltrent l'église comme des loups déguisés en moutons. Samantha et moi, pendant quelque temps, recherchions inlassablement les adeptes dans l'église pouvant être de faux frères. Plus tard, quelques adeptes reconnurent, en accord avec Samantha, qu'il y avait des membres de l'église du Christ qui n'aimaient pas Dieu. Cependant, lorsque ce que Francis Pollidori fut informé de ce résultat, il nous déclara à Samantha et moi :"Pourquoi Dieu s'adresse t'il à vous et non aux responsables ?. A ceci nous répondîmes "Quelquefois Dieu utilise aussi les adeptes de base". Cette réponse lui suffit, mais rien ne bougeait. Je sentais, à la manière dont il avait posé la question, que Dieu s'adressait aux responsables pour les questions importantes touchant l'église.

 Emilie

Voici comment Samantha, Emilie et moi allions nous rapprocher. Emily trouvait que vivre avec sa mère était difficile, car Roberta était, elle aussi, handicapée à cause d'une arthrite douloureuse. De plus elle était très intrusive. Coincée entre le contrôle de l'église et sa mère, Emilie allait tout droit vers la folie. Deux psychiatres lui recommandèrent même de déménager si elle ne voulait pas mettre en danger sa santé mentale. Tout ce qu'elle recevait du gouvernement, c'était des bons de nourriture et rien de plus.

Samantha s'entendait bien avec Emilie et lui proposa d'emménager en même temps nous. Je proposais qu'une autre famille puisse prendre en charge Emilie et que nous nous en occupions en dernier recours. Ceci fut discuté avec les responsables de zone d'Emilie qui étaient plutôt compréhensifs. Pourtant, ils furent incapables de trouver quelqu'un pour l'accueillir, bien que cela ne présentait que des avantages pour sa foi. Après s'être informé de nos ressources, et malgré nos revenus désastreux, on autorisa Emilie à rejoindre notre foyer. Ceci devait être qu'une situation provisoire en attendant qu'Emilie bénéficie d'une aide fédérale. J'espérais que l'église nous aiderait.....

Mes espoirs furent vite déçus. Emilie n'obtint ni allocation fédérale, ni aide de l'église. En fait, les reproches des responsables s'amplifièrent. Une fois, je me rendis au domicile de ma formatrice Holly qui me tendit une véritable embuscade. Elle me sortit un tas de versets sur la discipline des adeptes et me déclara que je devais bousculer Emilie et Samantha car elles ne suivaient pas à la lettre les objectifs évangéliques actuels de l'église.

Je lui répondis que chacun faisait de son mieux, mais elle ne comprit pas ce que je voulais dire. Elle me dit que les nombreux objectifs assignés par les responsables de l'église étaient la volonté de Dieu et que le fait de ne pas les respecter revenait à se rebeller contre Dieu.

Toute cette réunion s'avérait très pénible et je quittais la maison de Holly très frustrée et choquée. J'appelais la responsable des femmes, Sara Biddle, pour lui parler de mon entretien avec Holly.

Emilie recherchait des encouragements et des conseils et les trouvait auprès des adeptes de l'église qui étaient malades ou handicapés. Il y avait aussi Bill Sullivan qui entreprenait le ministère de l'église du Christ de Boston. Bill était un peu décontenancé devant la situation d'Emilie car tous les handicapés avec lesquels il avait été en contact bénéficiaient de l'aide gouvernementale. Le cas de quelqu'un postulant pour une allocation d' handicapé ne s'était jamais présenté à lui. Il dit à Emilie qu'il citait toujours l'écriture Mathieu 25:31-46, (les brebis et les boucs) Quelques frères dans l'église comme Mike Frohike nous soutenaient. Mike n'avait pas peur de prendre la parole devant les responsables et d'évoquer régulièrement devant eux notre situation, mais eux faisaient systématiquement de l'obstruction. Je suis reconnaissante de tous ceux qui ont encouragé et continuent de nous encourager Samantha, Emilie et moi dans ce combat spirituel. Malheureusement, nous n'avons aucun défenseur ni dans nos responsables, ni dans la hiérarchie de l'église. Pendant un certain temps, Emilie et Samantha vécurent dans la terreur quasi permanente d'être réprimandées à tout instant par les responsables de ne pas se conformer aux directives et je partageais leur douleur car j'étais avec elles et susceptible d'être aussi remise dans le droit chemin.

Notre dirigeante de zone, Marita Covarrubias, était à l'origine d'une bonne partie de ces craintes et peines. Elle était très formaliste, à l'image de nos responsables dans l'église, et ne supportait pas ma façon de voir les choses, bien qu'elle se comporta de façon "agréable" et sincère. Après six mois de vie commune avec Emilie, je demandai à Marita si nous ne pouvions pas aider Emilie en lui donnant de l'argent. A sa manière aimable habituelle, Marita répliqua qu'elle ne se voyait pas donner de l'argent à Emilie car elle n'assistait pas à toutes les manifestations organisées par l'église et était, de ce fait, une adepte peu motivée.

Cette fois, j'en avais assez de sa réponse et j'étais décidée à me confronter avec Marita. Aussi, je laissai un long message sur son répondeur en lui disant combien j'étais déçue de sa réponse. Après tout, elle avait frappé à tant de portes cet été et couru tant de miles pour le marathon de HOPE pour récolter de l'argent pour aider des gens à travers le monde qu'elle ne connaissait pas et qui n'étaient même pas membres de l'église du Christ. Pourquoi ne voulait-elle pas aider sa soeur dans le Christ ? Je lui citai l'écriture à propos des brebis et des boucs et sur la nécessité de faire le bien envers ceux qui sont dans la famille de Dieu.

Elle ne fit aucun commentaire sur mes citations. Marita les ignora et me déclara que je lui avais manqué de respect. De toute évidence, elle considérait Emilie comme un parasite, ou comme quelqu'un de marginal sur lequel on ne pouvait pas compter.

Je me demandais également pourquoi mon évangéliste, Sullivan Biddle, ne faisait rien pour changer la situation. J'appris en fait, d'un membre de l'église digne de foi, que Sullivan avait parlé de Samantha comme d'une "cinglée", et lorsque Samantha apprit cela elle en fut très choquée. Plus tard Sullivan admit, devant toute l'assemblée, qu'il avait "gonflé" les statistiques sur l'effectif de l'église et son action d'évangélisation pour lui donner meilleur visage. Malgré cette malversation, considérée comme mineure par la plupart des adeptes, on l'avait autorisé à continuer de diriger l'église jusqu'à son affectation dans une autre ville quelques mois plus tard. Je ressentis un mélange de pitié et de colère à l'égard de Sullivan. De la pitié, car la pression de la réussite à tout prix l'avait conduit à mentir, et de la colère car la poursuite à tout prix de performances l'avait poussé à un style de commandement formaliste qui nous tourmentait, mes compagnes et moi. Peu de temps après, Marita fut aussi affectée à un autre ministère dans une autre église et la notre accueillit un nouvel évangéliste Walter Skinner et son épouse Sharon , anciens membres de notre église, envoyés en mission dans une autre ville, puis de nouveau parmi nous. J'adressais une longue lettre à Walter, en détaillant mes problèmes de cohabitation et en lui exposant ma solution: si chaque membre donnait seulement 0,5 à 1 $ par mois, ce serait suffisant pour aider Emilie. Au bout d'un mois, j'avais au courrier une grande carte de Walter. J'ouvris cette carte qui contenait une réponse très concise à mon courrier. Walter disait que, compte tenu du nombre croissant d'adeptes, il fallait faire face à de nouveaux besoins financiers. Il joignait à sa réponse un chèque de 20$ pour aider Emilie.

 Notre Eglise du Christ n'est pas le royaume de Dieu

Je remerciais Walter pour son geste, qui consistait à prélever cette somme sur ses propres revenus, mais je ne pouvais pas accepter car son salaire était payé par les membres de l'église. Quand j'essayai de lui expliquer cela en tête-à-tête, il évita notre entretien et s'enfuit si bien que je n'ai jamais tiré ce chèque. Plus le temps passait et plus je me sentais déprimée. Je ressentais que j'étais ni appréciée, ni reconnue par l'église et souvent, je pleurai. Je commençais à me rendre compte que j'avais cru, au fil des ans, que l'église était vraiment le Royaume de Dieu sur terre et que tout ce qui s'était passé n'aurait pas du se passer à l'intérieur de "l'église du Christ".

Un jour, au cours de mes crises de larmes, Samantha me dit brusquement, "Dana, notre église du Christ n'est pas le royaume de Dieu". Je lui montrais que je n'étais pas d'accord en lui concédant que les églises avaient des problèmes mais que l'on était obligé d'admettre que la structure de l'église du Christ et quelques unes de ses pratiques n'étaient pas en accord avec le Bible. Une autre fois, lorsqu' Emilie voulu me redonner courage, elle me rappela que "L'église du Christ n'est pas Dieu".

J'avais du mal à admettre que ce que l'église voulait n'était pas forcément ce que Dieu voulait. On m'avait dit souvent dans l'église que Dieu était présent et nommait les ministres du culte.

Ma question avait troublé Holly qui finit par me dire "à cause du péché..". Je pris la décision de considérer les membres de l'église du Christ et leurs responsables comme de simples êtres humains, et rien de plus. Ils ne faisaient plus peur. J'étais entrée de mon plein gré dans l'église du Christ et je pouvais la quitter si je le voulais, bien que l'idée de partir de l'église faisait surgir en moi des sentiments contradictoires car je ne savais où aller après mon départ. Irai-je en enfer ?

Pendant un certain temps, ma plus grande frustration était de constater comment les responsables de l'église étaient traités et traitaient eux-mêmes les disciples d'une manière réaliste et matérialiste. Il y avait très peu de membres pauvres, sans domicile ou handicapés dans l'église. Bill Sullivan dit même à Emilie que la moitié des membres avec lesquels il était en contact, était susceptible de quitter l'église car ils ne pouvaient supporter la pression à laquelle ils étaient soumis. Comme les dirigeants furent appelés "bergers", les réunions de responsables furent désormais baptisées "réunion de bergers" .La seule évocation de cette appellation me mit en pleurs, car s'il est bien vrai que les dirigeants sont des bergers, il y avait dans ma maison un couple de brebis dont on ne s'occupait pas.

Une fois, alors que les Pollidori étaient encore nos responsables de zone, j'amenais à l'église, comme visiteurs, les Diabiras, un couple de sud africains. Ils étaient originaires d'Inde orientale et venaient d'arriver aux Etats Unis. Ils étaient très contents de venir à l'église avec leur petit garçon. Je les présentai aux Pollidori qui, bien sûr, les invitèrent à l'étude de la Bible.

 Madame Diabira était "orgueilleuse".

Ce qui devait suivre me perturba énormément. Mme Diabira m'appela pour me dire qu'ils étaient venus seulement pour étudier la Bible et que Mr Diabira était si furieux qu'il ne remettrait plus les pieds chez les Pollidori. Elle me dit que j'étais une personne de bon sens et qu'ils étaient chrétiens. Mme Diabira expliqua que dans son pays, pour elle et son mari, devenir chrétien impliquait l'abandon du contexte hindou et , dans bien des cas, la rupture des liens familiaux. Son mari et elle ont évalué le sacrifice à faire et sont partis, décidés à vivre dans le Christ. Comment Elizabeth Pollidori pouvait-elle dire à son mari qu'il n'était pas chrétien ? Selon toute vraisemblance, Elizabeth Pollidori et les autres dirigeants enseignaient le cursus aux disciples avec madame Diabira et essayait de la convaincre qu'elle n'était pas sauvée car elle ne portait pas la bonne parole tous les jours. L'incident s'envenima, mais par bonheur, Mme Diabira était plus calme que son mari. Nous sommes restées amies, mais les Diabira ne revinrent jamais à l'église. Je ne me souviens pas si j'ai demandé à Elisabeth ce qui s'était passé lors de cette session, mais en tous cas, je sais mot à mot ce qu'elle aurait dit: que madame Diabira était "orgueilleuse".

Je sais bien cela car nous attribuons ce terme à tous ceux qui résistent à l'enseignement du disciple. C'était bien dommage car j'aimais beaucoup les Diabira . J'ai essayé de rester en contact avec eux, mais cela n'a pas duré.

 "sois ouverte, ma soeur, à toutes choses ! aie confiance en tes chefs! etc..."

Peu à peu, j'en suis venue à penser que l'église était à côté du monde. Ils n'étaient pas meilleurs, mais je ne voulus pas les traiter comme j'aurais traité les païens, car il y avait des personnages exceptionnels dans l'église. Je me rendis compte pourtant que le langage employé "sois ouverte, ma soeur, à toutes choses ! aie confiance en tes chefs! etc..." était tout bonnement faux. Malheureusement, comme dans n'importe quel groupe, il y a des gens à qui on peut faire confiance et d'autres pas !

Emilie vit encore avec moi, et les membres de l'église auprès desquels j'ai demandé de l'aide semblent attendre que le problème se résolve de lui-même. En fait, lorsqu'une soeur recommanda qu'Emilie suive un traitement pour personne handicapée mentale, les diacres bénévoles de l'église furent les premiers à l'approuver. Emilie n'était pas disposée à suivre ce traitement pour plusieurs raisons, l'une d'entre elles étant qu'elle avait été blessée à la tête et que cela ne constituait pas pour elle une maladie mentale. Le jour où Emilie alla passer des tests pour savoir si elle était malade mentale, nous avons prié Dieu pour qu'elle ne le soit pas et les tests se sont avérés négatifs.

Elle n'était pas malade mentale et n'était donc pas retenue pour suivre le traitement. Ce jour nous remonta le moral à Emilie et moi car à partir de cet instant, les diacres ne pouvaient plus rien dire. L'un d'entre eux avait même réprimandé Emilie pour son peu de hâte à entreprendre le traitement. Maintenant, ils ne pouvaient plus rien dire.

Mon foyer reçut une assistance financière pour une durée d'un mois, suite à un entretien d'un de mes amis avec le responsable des finances de l'église. Ce qui me met en rage, c'est que de temps à autre, des adeptes de l'église ont connaissance ou offrent des emplois, mais aucun d'entre eux n'a pensé à Emilie. Emilie et moi en avons parlé au responsable de l'église, mais rien n'a été fait.

Je frémis à la pensée de ce qui arriverait de l'église du Christ si nous étions au premier siècle quand le pouvoir était contre les chrétiens. Qui alors se serait porté au secours de ces chrétiens ? Le passage Actes 2:42 aurait-il été encore crédible ? Les premiers chrétiens furent contraints de s'aider et ils l'ont fait afin qu'aucun membre ne soit dans le besoin. Maintenant, je comprends ce passage de l'écriture " beaucoup déclarent posséder un amour infaillible, mais qui peut trouver un homme de foi ?" Pendant quelque temps, j'ai pensé que le meilleur moyen de ne plus faire partie de l'église du Christ était de partir dans une autre ville et de ne plus fréquenter l'église.

  La meilleure façon de rompre

Je voulais être vertueuse comme Joseph qui voulait, en toute tranquillité, se séparer de Marie.

De la même façon, je pense encore que la meilleure façon de rompre, ce serait de partir sans bruit. J'attends pourtant que Dieu me suggère quelque chose de meilleur pour moi. Pendant ce temps, je continue à participer à l'église car je veux aider les adeptes sur place. Il y a beaucoup de membres qui ont vécu les choses que j'ai moi-même vécues. Il y a peu de temps, un de mes meilleurs amis, Max Fenig, a quitté l'église car il a refusé de faire de nouveaux adeptes avant d'avoir approfondi sa foi en Jésus Christ.
Max me dit qu'au début, Walter l'a écouté et a tenté de le faire revenir aux directives de l'église, mais lorsqu'il devint évident que Max ne reviendrait pas sur sa décision, Walter et les autres dirigeants devinrent désagréables et lui tinrent des propos venimeux.

Ceci semble fréquent. En dehors de l'église et en son sein, il y a des adeptes qui en souffrent. Ils peuvent y faire bonne figure, mais ils sont déçus par toutes ces histoires et par le fait qu'ils ont traité leurs frères de la même façon. Trop peu d'adeptes, malheureusement, ne voient pas encore ce qui se cache derrière les discours et l'enthousiasme et l'énergie qui les accompagnent. C'est pourquoi j'ai intitulé mon histoire "folie à deux". J'ai dépensé trop d'énergie et de temps pendant mon engagement dans l'église pour partir sans me battre. Je crois que pour moi le temps est venu de quitter l'église, Dieu me l'a fait comprendre. En attendant, soutenez-nous Emilie, Samantha et moi et ceux qui sont dans le même combat par vos prières.

Merci
Dana Scully



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