QUE SAIT-ON DE .... ?  ARES

(Source BULLES n°65 - 1er trimestre 2000)

"L’œil s’ouvre" ou "les pèlerins d’Arès" recouvrent une même entité, c’est-à-dire un groupe religieux fondé en 1974 à Arès, petite commune près de Bordeaux , en Gironde. "L’œil s’ouvre" est considéré comme dangereux dans le rapport parlementaire de 1996.

Michel Potay, le fondateur est né en 1929 ; ingénieur puis directeur d’usine à ses débuts, il quitte l’industrie et s’installe à Lyon comme "occultiste professionnel et psychothérapeute".

S’il s’est adonné au spiritisme dans son adolescence, il pratique toujours la guérison, impose les mains, conjure les mauvais sorts et a ses recettes pour soulager les souffrances et ennuis de toutes sortes. Dans les années soixante, il ferme son cabinet, se marie puis retrouve le chemin de la Foi chrétienne dans l’orthodoxie, se tournant vers l’Église Catholique Orthodoxe de France (ECOF).

Il est nommé diacre et fonde une paroisse à Bourges. Il quitte cette église en 1970, dit avoir été ordonné prêtre de l’Église Orthodoxe vivante le 14 Avril 1971 à Drama (Grèce) et consacré évêque le lendemain !

Il donne sa démission de cette église en 1973, tout en gardant le titre d’évêque et en poursuivant ses activités d’occultiste guérisseur.

C’est alors qu’en 1974 M Potay se dit être témoin de quarante apparitions de Jésus Christ, de nuit, à son domicile d’Arès, une ancienne hôtellerie isolée, aux murs élevés devenue "la Maison de la Révélation".

Dès lors , Michel Potay ne se considère plus comme évêque mais comme "un pèlerin qui a rencontré son Seigneur à Arès."

Les quarante révélations seront retranscrites en versets réunis en quarante chapitres dans un opuscule "l’Évangile donné à Arès ". Cet Évangile "prend place parmi les Écritures Saintes" et "vient les parfaire".

Le témoin s’y situe au terme de la lignée des Prophètes, Moïse, Isaïe, Elie, Jésus et Mahomet, ce qui laisse songeur. En 1977, Frère Michel annonce que Dieu, cette fois-ci, s’est manifesté à cinq reprises "d’un bâton lumineux … haut et mince comme une canne".

Paraît en 1978 "Le Livre" des messages dictés par Dieu, cinq "théophanies" regroupées en 50 chapitres. En 1984, "La Révélation d’Arès intégrale" est publiée, comprenant "l’Évangile donné à Arès" et "le Livre", base de la doctrine du groupe. Cette révélation sacralise le lieu et Arès devient alors centre de pèlerinage.

Dans la doctrine avancée, plusieurs thèmes sont développés. Le fondateur souhaite changer le monde et la révélation d’Arès recèle, en effet, les germes d’une dynamique de changement social. Il est contre toutes les idéologies politiques. Hostile de surcroît aux religions et à toute hiérarchie religieuse - "les professionnels de la religion sont inutiles" - il vénère la Bible et le Coran. Monothéiste convaincu, il rejette le culte des Saints. D’après lui, l’homme naît sans âme mais peut s’en créer une par sa foi en les messages donnés à Arès.

Arès devient alors la nouvelle Jérusalem et le lieu de pèlerinage rassemblant chrétiens, juifs et musulmans, tous vêtus de robes blanches. Une liturgie propre à Arès est inventée ainsi que des rites et pratiques religieuses qui empruntent à plusieurs religions. Les pratiques religieuses rappellent celles du musulman ; elles consistent en la récitation des prières trois fois par jour et une fois par nuit tourné vers Arès, à effectuer le pèlerinage à Arès durant l’été et à verser la dite dîme (5% des revenus). Cinq rites (rappelant les sacrements catholiques) doivent être respectés : baptême, mémoire du sacrifice, septième jour, épousailles et funérailles.

Arès se révèle bien plus qu’une simple entreprise commerciale : son atelier d’imprimerie où sont composés et imprimés à longueur d’années des milliers de livres et de brochures, crée des revenus plus que substantiels.

M Potay se montre personnellement de plus en plus discret, y compris à Arès, ce qui ne l’empêche pas de mener grand train, de s’habiller chez les grands couturiers et de descendre dans les hôtels de luxe alors que les locations de bureaux dans les villes où sont installés les missions d’Arès restent à charge des seuls adeptes.

Son prosélytisme ne se fait que via les conférences, les réunions, quelques boutiques ayant pignon sur rue, la publicité dans la presse, dans les revues d’astrologie, par le biais de ses associations support, par le bouche à oreilles, la prédication et le porte à porte de ses adeptes. L’infiltration du mouvement s’étend de plus en plus dans les garderies d’enfants, le soutien scolaire ("la vie récré" dissoute depuis et remplacée par une autre association), les ateliers de pratiques artistiques et d’expression pour les jeunes, les comités des fêtes, et même certains conseils municipaux.

En contrepartie, une association "ALERTE" ( Association Limousine d’Entraide de Résistance de Témoignages contre l’Endoctrinement Sectaire) s’est créée pour lutter contre une Mission Arès implantée à Jabreille les Bornes ( 87) .

Malgré tout, les associations proches d’Arès ne cessent de se développer dans l’espace et dans le temps:

- 1987 : "L’œil s’ouvre" à Bordeaux
- 1989 : "Les torrents" à Paris
- 1991 : "Les Ouvriers de la Moisson" (ancien titre "l’île bleue"), "association chargée de propager la Révélation d’Arès et l’enseignement de son témoin, de propager l’écriture à laquelle la révélation d’Arès se rattache : la Bible et le Coran, propager la prière, la pensée et toute œuvre spirituelle ou sociales propres aux pèlerins d’Arès" .
- 1996: "L’œuvre du Pèlerinage d’Arès", association déclarée cultuelle loi 1905 ( mais non officiellement reconnue comme telle par les pouvoirs publics) sis à la "Maison de la Parole" à Arès ( cotisation de 200F à 600F).
ADIRA , association pour diffuser et divulguer la révélation d’Arès
Les revues et périodiques se démultiplient : les "Pèlerins d’Arès", "les Frères de l’Aube" en 1992, "l’Egala’h", bulletin de liaison entre les pèlerins de France et ceux des pays francophones, le "Bul’fda" bulletin de liaison entre les frères de l‘Aube.

Arès est implanté dans toutes les régions de France (notamment à Bordeaux, Limoges, Tours) , à Tahiti, en Belgique, en Suisse et dans les pays francophones.

Ce qu’il faut en penser…

Ce qui reste inquiétant dans la révélation d’Arès, c’est surtout la personnalité de Michel Potay et son parcours tant professionnel que religieux. Par ailleurs, M Potay demande qu’on croie sans discuter. Cet envahissement de la pensée paraît bien entraver et occulter le sens critique surtout celui des personnes fragiles.

Si Arès prétend être ni une secte, ni une Église, comment ne pas s’interroger sur la révélation particulière gardée secrète, sur l’utopie d’un rassemblement universel sur terre, sur la violence des critiques relatives à la société actuelle, au religieux et au politique ? On peut aussi remarquer qu’il ne reste plus grand chose de l’Évangile dans les thèses des pèlerins d’Arès .

M Potay participe du désenchantement du monde d’aujourd’hui ; il enferme ses adeptes dans une fausse liberté, dans la peur, et n’hésite pas à menacer tous ceux qui ne prennent pas au sérieux la Révélation. Il mène "une guerre sainte" qui durera tant qu’il n’y aura pas la paix dans le monde !

Une mise en garde et une extrême vigilance s’avèrent nécessaires vis-à-vis de ce groupe.



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